jeudi 31 mars 2016

Planète en danger : 7 propositions de Pierre Rabhi pour Vivre et prendre soin de la vie


« Quelle planète laisserons-nous à nos enfants ? » La question est posé par Pierre Rabhi dans la Charte Internationale pour la Terre et l’Humanisme qu’il a écrite. Il y fait le constat des cinq dangers majeurs encourus par notre planète et par l’humanité. L’autre question posée est « quels enfants laisserons-nous à notre planète ? », pour tenter d’y répondre, Pierre Rabhi fait sept propositions pleines de bon sens.

La planète terre est à ce jour la seule oasis de vie que nous connaissons au sein d’un immense désert sidéral. En prendre soin, respecter son intégrité physique et biologique, tirer parti de ses ressources avec modération, y instaurer la paix et la solidarité entre les humains, dans le respect de toute forme de vie, est le projet le plus réaliste, le plus magnifique qui soit.

Constat :  La Terre et l’Humanité sont gravement menacées

Quelle planète laisserons-nous à nos enfants ?

Constat 1 : Le désastre de l’agriculture chimique

L’industrialisation de l’agriculture, avec l’usage massif d’engrais chimiques, de pesticides et de semences hybrides et la mécanisation excessive, a porté gravement atteinte à la terre nourricière et à la culture paysanne. Ne pouvant produire sans détruire, l’humanité s’expose à des famines sans précédent.

Constat 2 : L’humanitaire à défaut de l’humanisme

Alors que les ressources naturelles sont aujourd’hui suffisantes pour satisfaire les besoins élémentaires de tous, pénuries et pauvreté ne cessent de s’aggraver. Faute d’avoir organisé le monde avec humanisme, sur l’équité, le partage et la solidarité, nous avons recours au palliatif de l’humanitaire. La logique du pyromane-pompier est devenue la norme.

Constat 3 : La déconnexion entre l’humain et la nature

Majoritairement urbaine, la modernité a édifié une civilisation « hors-sol », déconnectée des réalités et des cadences naturelles, ce qui ne fait qu’aggraver la condition humaine et les dommages infligés à la terre.

Constat 4 : Le mythe de la croissance illimitée

Le modèle industriel et productiviste sur lequel est fondé le monde moderne prétend appliquer l’idéologie du « toujours plus » et la quête du profit illimité sur une planète limitée. L’accès aux ressources se fait par le pillage, la compétitivité et la guerre économique entre les individus. Dépendant de la combustion énergétique et du pétrole dont les réserves s’épuisent, ce modèle n’est pas généralisable.

Constat 5 : Les pleins pouvoirs donnés à l’argent

Mesure exclusive de prospérité des nations classées selon leur PIB et PNB, l’argent a pris les pleins pouvoirs sur le destin collectif. Ainsi, tout ce qui n’a pas de parité monétaire n’a pas de valeur et chaque individu est oblitéré socialement s’il n’a pas de revenu. Mais si l’argent peut répondre à tous les désirs, il demeure incapable d’offrir la joie, le bonheur d’exister…


Proposition 1 : Incarner l’utopie 

L’utopie n’est pas la chimère mais le « non lieu » de tous les possibles. Face aux limites et aux impasses de notre modèle d’existence, elle est une pulsion de vie, capable de rendre possible ce que nous considérons comme impossible. C’est dans les utopies d’aujourd’hui que sont les solutions de demain. La première utopie est à incarner en nous-mêmes car la mutation sociale ne se fera pas sans le changement des humains.

Proposition 2 : La sobriété heureuse

Face au « toujours plus » qui ruine la planète au profit d’une minorité, la sobriété est un choix conscient inspiré par la raison. Elle est un art et une éthique de vie, source de satisfaction et de bien-être profond. Elle représente un positionnement politique et un acte de résistance en faveur de la terre, du partage et de l’équité.

Proposition 3 : Le féminin au cœur du changement

La subordination du féminin à un monde masculin outrancier et violent demeure l’un des grands handicaps à l’évolution positive du genre humain. Les femmes sont plus enclines à protéger la vie qu’à la détruire. Il nous faut rendre hommage aux femmes, gardiennes de la vie, et écouter le féminin qui existe en chacun d’entre nous.

Proposition 4 : L’agroécologie, alternative indispensable

De toutes les activités humaines, l’agriculture est la plus indispensable car aucun être humain ne peut se passer de nourriture. L’agroécologie que nous préconisons comme éthique de vie et technique agricole permet aux populations de regagner leur autonomie, sécurité et salubrité alimentaires tout en régénérant et préservant leurs patrimoines nourriciers.

Proposition 5 : La Terre et l’humanisme indissociables

Nous reconnaissons en la terre, bien commun de l’humanité, l’unique garante de notre vie et de notre survie. Nous nous engageons en conscience, sous l’inspiration d’un humanisme actif, à contribuer au respect de toute forme de vie et au bien-être et à l’accomplissement de tous les êtres humains. Enfin, nous considérons la beauté, la sobriété, l’équité, la gratitude, la compassion, la solidarité comme des valeurs indispensables à la construction d’un monde viable et vivable pour tous.

Proposition 6 : La relocalisation de l’économie

Produire et consommer localement s’impose comme une nécessité absolue pour la sécurité des populations à l’égard de leurs besoins élémentaires et légitimes. Sans se fermer aux échanges complémentaires, les territoires deviendraient alors des berceaux autonomes valorisant et soignant leurs ressources locales. Agriculture à taille humaine, artisanat, petits commerces… devraient être réhabilités afin que le maximum de citoyens puissent redevenir acteurs de l’économie.

Proposition 7 : Une autre éducation

Nous souhaitons de toute notre raison et de tout notre cœur une éducation qui ne se fonde pas sur l’angoisse de l’échec mais sur l’enthousiasme d’apprendre. Qui abolisse le « chacun pour soi » pour exalter la puissance de la solidarité et de la complémentarité. Qui mette les talents de chacun au service de tous. Une éducation qui équilibre l’ouverture de l’esprit aux connaissances abstraites avec l’intelligence des mains et la créativité concrète. Qui relie l’enfant à la nature à laquelle il doit et devra toujours sa survie et qui l’éveille à la beauté et à sa responsabilité à l’égard de la vie. Car tout cela est essentiel à l’élévation de sa conscience.

 

Une charte pourquoi faire ?

Après avoir lu ces cinq constats alarmants et les sept propositions s’y rapportant, peut-on encore faire comme si de rien n’était ?
Certains ont déjà pris conscience des dysfonctionnements sociétaux abordés par Pierre Rabhi. Vous en faites probablement partie, sans quoi vous ne seriez pas à la fin de cet article, à en lire la conclusion. Si chacun prend conscience et adopte un style de vie qui s’en tient à la raison plus qu’aux habitudes néfastes : le monde change. Autrement dit, chaque contribution individuelle est une partie de la solution globale. Chacun est le changement.
Document : la Charte Internationale pour la Terre et l’Humanisme du mouvement COLIBRIS

Source : Cet article a été écrit par Fabrice Renault , dont voici la source originale : http://www.mieux-vivre-autrement.com/planete-en-danger-7-propositions-de-pierre-rabhi-pour-vivre-et-prendre-soin-de-la-vie.html

samedi 26 mars 2016

Qu'est-ce qu'un égrégore ?

 

Nous connaissons l'inconscient collectif, la mémoire collective ou encore les archétypes décrits par Jung. De bien des manières, nous nommons déjà ce phénomène mal connu et pourtant inscrit en nous : l'égrégore. Mais si nous sommes capables de générer ensemble cette conscience partagée, elle aussi a le pouvoir d'agir sur nous...

Un égrégore est produit par un puissant courant de pensée collective. Lorsque plusieurs personnes se focalisent ensemble sur un même objet, avec une même intensité, ils développent une énergie commune. Nous connaissons tous cet effet stimulant, éprouvé lorsque l'on partage avec d'autres un projet passionnant ou un moment fort. L'activité concentrée rassemble les intentions de chacun en une conscience collective, qui semble porter le groupe. Mais derrière l'impression personnelle, un processus réglé se déroule entre nous.

Une émotion active les atomes de nos cellules, transformant le corps en une pile électrique, capable de fabriquer sa propre énergie. Ainsi, par la seule force d'une émotion mutuelle et sans même s'en rendre compte, nous connectons nos sources d'énergie et en créons une plus grande, globale. Comme branchés les uns sur les autres, nous vibrons sur la même longueur d'onde. La tension est alors assez haute pour qu'émerge un esprit de groupe. « Le biochimiste Rupert Sheldrake parle de champ morphogénétique. Le ressenti d'un individu exerce une force sur celui de l'autre. Ce mouvement, par résonance, va influencer leurs comportements et leurs pensées », explique Rosa Claire Detève, formatrice en psychologie quantique. Mais cet esprit de groupe n'est pas que la résultante passive d'un instinct grégaire.

Pierre Mabille, médecin et anthropologue, proche des artistes du surréalisme, considérait que l'égrégore possède « une personnalité différente de celles des individus qui le forment ». A l'échelle individuelle par exemple, nous savons qu'une pensée enracinée depuis longtemps finit parfois par nous dépasser. Elle est en quelque sorte devenue autonome et agira sur nous aussi longtemps que nous l'alimenterons par nos croyances. De la même manière, l'égrégore est une entité vitalisée. Il agit comme un accumulateur d'énergies, nourri par les sentiments, les désirs, les idéaux ou les peurs de ses membres. Plus ces derniers sont nombreux, plus l'égrégore se renforce jusqu'à influencer leurs existences.



Une connexion héritée


« Dès lors qu'au moins deux personnes partagent une vision, elles forment un égrégore. Certains auront une durée de vie courte, d'autres traverseront les siècles : une histoire d'amour peut durer quelques jours, l'égrégore de l'église catholique a plus de 2000 ans », nous dit Alain Brêthes qui a beaucoup écrit sur le phénomène. L'auteur a répertorié les égrégores en trois catégories. Les égrégores neutres sont les plus nombreux. Ce sont les amicales de quartiers, les cercles professionnels ou les groupes d'amis de longue date. Ces égrégores ne sont pas très inductifs sur le plan de la pensée. Les gens partagent des choses mais vivent leur quotidien sans que cela n'ait de réelle incidence sur leur psyché.

Ensuite, nous trouvons les égrégores dits « limitatifs » ; ce sont les égrégores de l'égo. L'individu se doit d'adopter les croyances et schémas comportementaux du groupe. C'est le cas des partis politiques, des religions. Ces dernières sont sans doute les égrégores les plus puissants car les plus longuement et largement partagés. L'égrégore s'appuie souvent sur une représentation. Et, de tous temps, les sociétés ont associé leur conviction à une symbolique forte. Or, le symbole c'est justement l'être humain qui projette sa pensée. Il est la manifestation formelle d'une énergie latente dirigée vers son accomplissement. Typiquement, l'étoile de David, la croix latine ou le yin et le yang servent de support de visualisation et de point de contact entre les membres, qui, célébrant leur foi, cultivent ainsi leur égrégore. A l’extrémité de cette catégorie, on trouve les radicaux, les gangs et les sectes.

Enfin, les égrégores « féconds » sont ceux qui élèvent la conscience, qui s'efforcent d'unir et de rassembler, qui expriment des valeurs de justice, d'équité et de bienveillance. Ce sont des énergies utiles à la communauté mondiale, qui prennent la forme de courants de psychologie humaniste, d'associations humanitaires ou de mouvements spirituels contemporains.


Tout est égrégore


« Observez un dîner entre amis, il y a toujours celui qui fait rire, celui qui râle etc. Chacun joue un rôle qu'il quitte une fois rentré chez lui. Ils entretiennent leur égrégore. Un match de foot avec son équipe préférée, la rentrée des classes de son enfant ou un déjeuner dans la maison de famille... Nous évoluons en permanence parmi ces zones sociales invisibles, très conditionnantes. Même quelqu'un qui voudrait échapper à ce phénomène en partant vivre sur une île déserte, se relierait encore à l'égrégore des gens qui aspirent à s'isoler sur une île déserte », plaisante l'auteur. Parfois trop forte, l'empreinte peut néanmoins donner cette impression d'être englué dans l'existence d'un autre. « Pour autant, souligne Kaly, magnétiseur, il ne faut pas confondre égrégore et possession. On sort d'un égrégore en quittant les gens ou les idées qui nous y rattachent. Cela peut être difficile mais il n'y a que ça à faire ». Dans ce cas, la psychothérapie peut être un moyen pour prendre conscience du parasitage « énergétique » qu'exercent les valeurs de notre cercle ou de notre communauté.

Mais quitter un égrégore n'est jamais que l'occasion d'en intégrer un autre. Un cheminement de vie clairvoyant permettra simplement de choisir ses sources d'inspiration, toujours avec le cœur. « Car, insiste Alain Brêthes, on ne peut pas y échapper. Tout est égrégore, c'est l'archétype universel, ce qui vient conditionner nos représentations ». Lorsque l'enfant qui naît prend son premier inspire, il se relie déjà à l'égrégore de la famille dans laquelle il arrive, mais également à l'égrégore de son pays et de l'histoire de son pays. Il inhale une quantité d'énergie collective qui ne lui appartient pas en propre et qu'il va faire sienne. « L'égrégore est la contre-partie psychique d'un groupe humain », ajoute-t-il. Il vit donc à la fois sur un plan physique, au travers des êtres qui le portent et sur un plan astral. Celui-ci est un espace intermédiaire, une sorte de canal qui nous relie à notre dimension éthérique, ultra-pronfonde. C'est par lui que communiqueraient les énergies subtiles des uns et des autres qui, unifiées, forment l'égrégore. Nul besoin donc d'être physiquement ensemble ; l'égrégore est comme le négatif de notre expérience vécue, une réalité alternative dans laquelle nous sommes en présence les uns des autres.

Le rapport entre le caractère invisible, impalpable de cette énergie et son pouvoir bien tangible a très tôt fait sa dimension sacrée. Dans certains courants occultes, l'égrégore est un véritable support rituel. Les premiers à avoir exploré leur potentiel égrégorique furent les francs-maçons, reliés à travers le monde et les époques par leurs codes et initiations mystérieuses. Les écoles ésotériques utilisent l'égrégore comme un puissant outil divinatoire. Le chamanisme fait également de la transe et des cérémonies collectives une porte d'accès vers l'énergie universelle. Mais aujourd'hui, notre sacro-sainte science moderne tend elle aussi à s'emparer du phénomène.


Aura universelle


Depuis un peu plus de quinze ans, une théorie discrète est en train de révolutionner toutes nos connaissances sur la conscience humaine. Le Global Consciousness Project (Projet de Conscience Globale) est une expérience parapsychologique débutée en 1998 au sein de la prestigieuse université de Princeton, aux États-Unis. L'initiative, qui réunit scientifiques et ingénieurs, cherche à établir l'existence d'une activité énergétique universelle, grâce à un générateur aléatoire de nombres, un petit boîtier conçu au départ pour détecter les mouvements de pensées d'un cobaye. Après en avoir éprouvé l'efficacité sur une seule personne à la fois, l'appareil, baptisé Egg, est testé sur un groupe. On réunit une trentaine de personnes et on les invite à parler et à bouger comme bon leur semble. L'appareil de mesure, placé dans un coin de la pièce, ne réagit pas. Mais quand on demande ensuite au groupe de s'asseoir et de méditer ensemble, l'appareil semble capter une synergie et amorce une courbe. La découverte fait l'effet d'une bombe dans la communauté scientifique. Bientôt, des dizaines d'autres boîtiers Egg sont envoyés aux quatre coins du globe, de l'Alaska aux Fidji, avec une question précise : est-il possible de détecter un émoi collectif à l'échelle planétaire ? Les premiers résultats sont étonnants : lors des funérailles de Lady Di, les boîtiers enregistrent jusqu'en Chine une variation du champ psychique.

A ce jour, 65 générateurs sont positionnés dans presque autant de pays, dont deux en France. Tous reliés en réseau, ils archivent en continu l'encéphalogramme terrestre. Chaque fois qu'un événement mondial se produit, des fluctuations sont enregistrées. Plus il est fort et médiatisé, plus elles sont importantes. L'informaticien Pierre Macias héberge l'un des deux Egg français à Toulouse : « Le flot de données des capteurs tend à s'éloigner des valeurs attendues lorsque se produit un événement public qui concentre les pensées et les émotions d'un grand nombre de gens. Le jour de l'attaque terroriste du 11 septembre 2001, la probabilité pour que les capteurs enregistrent une telle variation ''par hasard'' fut de l'ordre de 1 pour 1 million... Nous ne savons pas encore comment expliquer ces relations subtiles entre des événements d'importance pour les hommes et les données obtenues mathématiquement, mais elles sont indéniables aujourd'hui. Ces résultats montrent à l'évidence que le monde physique et le monde de l'esprit humain sont liés d'une relation encore inconnue ».
http://www.inrees.com/articles/Egregore-conscience-partagee/

jeudi 24 mars 2016

Attentats de Bruxelles : non, monsieur le premier ministre !


Hier, comme tant de Bruxellois, j’ai passé des heures à vérifier où se trouvaient mes proches. Qui, par malchance, aurait pu se trouver dans ce métro maudit, que j’emprunte moi aussi chaque fois que je me rends au bureau d’Investig’Action ? Qui, par malchance, aurait pu se trouver près du Starbucks de l’aéroport, où j’ai l’habitude de prendre un thé en attendant le vol ? Recherches d’autant plus angoissantes que le réseau était évidemment saturé.
Bref, comme tant de Bruxellois, j’ai vécu, un jour, ce que vivent depuis des années les Irakiens, les Libyens, les Syriens, et avant eux les Algériens. Pour être allé plusieurs fois sur des sites bombardés par les Occidentaux, je sais à quoi ressemblent ces morceaux de corps disloqués que plus jamais personne ne pourra embrasser. J’ai vu là-bas la douleur de ceux qu’on prive à tout jamais de leur mari, de leur femme, de leur enfant.

Comme tant de Bruxellois, j’ai pleuré et j’avais envie de frapper les criminels qui s’en sont ainsi pris à tant d’innocents. Mais on ne naît pas criminel, on le devient. Et la question la plus importante est : comment en sont-ils arrivés là ? Nier à ce point la valeur de la vie de tant d’innocents ! Les faire souffrir et terroriser au lieu de se battre – avec ces innocents – contre l’injustice qui nous frappe tous ? Qui a intoxiqués ces jeunes, qui leur a montré l’exemple de la violence, qui les a plongés dans le désespoir et surtout qui les a armés ? Criminels, oui, mais ne sont-ils pas aussi victimes quelque part, même si ce terme peut choquer.

Alors, quand j’ai entendu notre premier ministre Charles Michel déclarer en conférence de presse que les Belges avaient besoin de s’unir, et qu’il évitait soigneusement la question centrale « Comment en est-on arrivé là, qui sont les responsables ? », alors je me suis mis en colère contre cet homme hypocrite qui nous propose simplement de continuer comme avant. Alors que la question des gens, c’est justement : « Comment éviter que ça recommence bientôt ? Quelle politique appliquer pour mettre fin à cet engrenage infernal ? »
Vous croyez vraiment que la surveillance et la répression empêcheront de nouveaux attentats ? Certains, oui, mais pas tous, c’est impossible. Pour cela il faut changer de politique. Votre politique.
Einstein disait « On ne résout pas un problème avec les modes de pensée qui l’ont engendré ». En effet, on n’empêchera pas le terrorisme tant qu’on n’aura pas débattu sur ses causes profondes. Afin de mettre en place une vraie prévention.

Monsieur le premier ministre Charles Michel, je ne vous remercie pas. Car vous avez refusé de poser les questions importantes : Les Saoud et le Qatar ont-ils financé les terroristes ? Oui, les rapports des services US le disent. Les Etats-Unis ont-ils créé Al-Qaida ? Oui, Hillary Clinton l’a reconnu. La CIA a-t-elle organisé un camp d’entraînement en Jordanie ? Oui, le célèbre journaliste US Hersh l’a prouvé. Fabius a-t-il encouragé le terrorisme en déclarant « Al-Qaida fait du bon boulot » ? Oui, regardez sa vidéo de Marrakech, décembre 2012.
Et d’une façon générale, les Etats-Unis ont-ils utilisé le terrorisme dit islamiste depuis Ben Laden en Afghanistan en 79 jusqu’à la Syrie aujourd’hui, en passant par la Bosnie, le Kosovo, le Caucase, l’Algérie, l’Irak, la Libye et d’autres pays encore ? Ne faut-il pas créer d’urgence une commission d’enquête sur les liens USA – terrorisme et sur les dessous stratégiques de tous ces drames ? Vous et l’Europe, allez-vous continuer de suivre Washington comme un petit chien ? Vous vous félicitez comme un petit garçon quand Obama vous téléphone. Mais pourquoi ne dénoncez-vous pas son hypocrisie derrière ces guerres ? Monsieur Michel, quand je pense à toutes ces souffrances qui auraient pu être évitées, je ne vous remercie pas.
Il est vrai que vous n’êtes pas le seul à pratiquer la langue de bois.

Monsieur le ministre des Affaires étrangères Didier Reynders, je ne vous remercie pas non plus. Vous avez déclaré hier que les terroristes s’en prennent à « notre mode de vie ». Exactement les paroles de George W. Bush le 11 septembre avant d’attaquer l’Irak et l’Afghanistan sous des prétextes mensongers. Monsieur Reynders, pourquoi n’avez-vous pas rappelé votre déclaration d’avril 2013 vantant « ces jeunes (à qui) on construira peut-être un monument comme héros d’une révolution » .
Pourquoi quand je vous ai invité, en juin 2013, à participer à un débat « Jeunes en Syrie, comment les empêcher de partir ? », avez-vous refusé ? Cela ne vous préoccupait pas ? Vous trouviez que pour « changer le régime » comme vous dites, tous les moyens étaient bons, même le terrorisme ? Vous n’avez pas pensé qu’encouragés à commettre ces actes là-bas, certains reviendraient faire pareil ici ? Monsieur Reynders, je ne vous remercie pas.

Madame Milquet, je ne vous remercie pas non plus. Vous étiez ministre de l’Intérieur à cette époque. Vous avez aussi refusé de participer à ce débat, malgré notre insistance, et en changeant sans cesse de prétexte ! Depuis, vous vous taisez. Gênée d’avoir fait la sourde oreille face aux cris de détresse des mamans angoissées de voir que leurs gosses – c’étaient vraiment des gosses de 16, 17, 18 ans – partaient là-bas vers l’enfer sans que la Belgique fasse rien pour les retenir ? Vous n’avez pas de remords en voyant la suite ? Madame Milquet, je ne vous remercie pas.

N’est-il pas temps d’ouvrir un grand débat sur les conséquences de la politique internationale menée par la Belgique depuis des années ?
1. L’Europe doit-elle continuer à suivre les Etats-Unis et leur politique qui met le Moyen-Orient à feu et à sang ?

2. La Belgique doit-elle continuer à soutenir la violence d’Israël, en refusant de faire respecter le droit international et en traitant d’ « antisémites » les jeunes qui veulent soutenir les droits des Palestiniens ?

3. La Belgique doit-elle continuer à se prosterner devant les pétro-dollars des Saud (volés aux peuples arabes au lieu d’utiliser l’argent du pétrole et du gaz pour combattre la pauvreté comme en Amérique latine) alors que tout le monde sait que ces mêmes Saud financent l’intoxication des jeunes esprits par une version empoisonnée et falsifiée de l’islam ?

4. Comment justifier le refus du droit d’asile aux victimes de « nos » guerres en Irak, Syrie, Afghanistan ?

5. Quand ouvrira-t-on enfin le dossier de l’intervention « humanitaire » en Libye, où l’Otan s’est allié à Al-Qaida pour renverser Kadhafi, en violant la Charte de l’ONU qui interdit ce genre de pratiques ? Avec la conséquence qu’on voit aujourd’hui : la Libye transformée en foyer du terrorisme international.

N’est-il pas temps d’ouvrir en même temps un grand débat sur les conséquences de la politique sociale, ou plutôt antisociale, menée par les gouvernements belges depuis des années ?
1. Pouvez-vous rogner sans cesse les budgets scolaires ? Fabriquant des écoles-parkings où les profs manquent de formation adéquate et de moyens pour faire face à tant de questions complexes sur le monde d’aujourd’hui ?

2. Pouvez-vous rogner sans cesse les budgets des prisons et de la réinsertion ? Avec pour conséquence que de petits délinquants deviennent de grands délinquants irrécupérables ?

3. Pouvez-vous rogner sans cesse les budgets des médias audiovisuels de service public ? avec pour conséquence que les journalistes n’ont plus le temps d’approfondir les sujets (confidences reçues de l’intérieur de la RTBF) et sont condamnés au règne du copié-collé et du fast info ? Poussant ainsi les jeunes rendus méfiants vers les théories du complot, ou pire encore vers les prêcheurs fanatiques et les recruteurs sans scrupules ?

4. Pouvez-vous continuer à faire des cadeaux aux banques et aux multinationales qui ne paient quasi plus d’impôts et reporter votre déficit notamment vers les communes, dont les responsables sont privés des moyens nécessaires pour aider les jeunes ? N’est-ce pas ainsi que vous produisez des communes du désespoir comme Molenbeek ? (Mais pas seulement, il y a aussi Vilvorde, Verviers, Anvers et n’oublions quand même pas que les « eurojihadistes » proviennent de nombreux pays européens)

5. Faut-il alors être surpris que tant de jeunes soient tombés entre les griffes de recruteurs professionnels ? D’autant plus que lorsqu’on les signalait à la police, pas toujours, mais bien souvent parents et éducateurs s’entendaient répondre : « Mais qu’ils partent seulement en Syrie, ce qu’on ne veut pas, c’est qu’ils reviennent ici ! »

6. Avez-vous vraiment le droit de vous dire surpris par les attentats de Paris et de Bruxelles alors que la sonnette d’alarme est tirée depuis des années et que vous tous avez refusé d’écouter les donneurs d’alerte ?

Hier, chaque parent a tremblé pour ses enfants. Aujourd’hui, chacun s’interroge sur l’éducation qu’il faut leur donner face à ce monde de plus en plus violent. Allons-nous pouvoir leur offrir une vraie éducation et un avenir ? Demain, quelle ville sera frappée ? La montée de la haine et de la peur, ciblant les musulmans, fait le jeu de l’extrême droite. C’est ça que vous voulez ?
Concluons. Les attentats, ce n’est pas une fatalité, c’est le résultat d’une politique. Menée à Washington. Puis à Londres et Paris. Bruxelles suivant servilement. Messieurs les dirigeants, vous êtes donc co-responsables. Avons-nous le droit d’en débattre – en « démocratie » – ou bien allez-vous encore user de pressions pour que les médias se taisent ?
Michel Collon
Bruxelles, 23 mars

Vu ici

lundi 21 mars 2016

Comment les médias manipulent l’information

Dans Matrix, le film des frères Wachowskis, l'humanité est connectée à un programme informatique qui simule la réalité. La matrice détourne les esprits pour cacher aux Hommes leur véritable condition : la servitude dans un système dominé par les machines. Le film est l'exemple le plus radical de ce qu'on appelle la construction de la réalité, une notion qui peut paraître encore ésotérique mais qui a de vraies bases théoriques et qui est prise très au sérieux par les conseillers de Georges Bush, comme le rapporte un article du New-York Times : « Nous sommes désormais un empire, et quand nous agissons, nous créons notre propre réalité. Et pendant que vous étudierez cette réalité — de manière judicieuse, sans aucun doute — nous agirons à nouveau, créant d’autres nouvelles réalités, que vous pouvez étudier également. »

Organisation des médias de masse

L'augmentation de la productivité des suites du fordisme va permettre une augmentation sans précédent du volume de production, auquel il faudra évidemment trouver des débouchés. En effet, la production de masse n'est rentable que si elle produit de manière constante et croissante. L'offre industrielle ne peut plus se contenter, comme au siècle précédent, de simplement répondre à la demande du consommateur, il faut qu'elle crée elle même sa propre demande. Pour ce faire, l'industriel doit rester en contact permanent avec le grand public, il doit donc connaître sa psychologie dans les moindres détails. Les progrès faits en matière de psychologie des foules, suite aux travaux de Gustave Le Bon, vont permettre ce rapprochement.
Sous l'impulsion d'Edward Bernays, qui connaît parfaitement les principes de la psychanalyse, une nouvelle forme de propagande apparait. Au lieu de s'attaquer de front aux résistances de l'opinion par l'adresse directe ( « achetez mon produit ! » ), la nouvelle propagande s'efforce de les supprimer en créant, par le recours aux bons leviers émotionnels, les circonstances objectives qui vont faire naitre la demande. Dans les années 20, l’American Tobbacco Corporation veut étendre son marché de la cigarette aux femmes, mais à l'époque il est socialement tabou pour elles de fumer. La firme décide donc d'embaucher Bernays pour remédier à ce problème. En 1929, ce dernier profite de la Easter Parade à New York pour créer un événement qui va changer l'image de la cigarette dans l'opinion publique. Il embauche des actrices pour les faire participer à la parade et fumer devant tout le monde. Aux journalistes, il lance le slogan : « elles allument des flambeaux pour la liberté », les médias s'emparent de l'affaire ; la cigarette devient un symbole féministe et les femmes se mettent à fumer. On voit ici que l'industrie n'a pas attendu que les femmes expriment le désir de fumer, elle a crée ce désir de toute pièce.
Dans ce processus, les médias de masse (tv, radio, presse écrite) jouent évidemment un rôle central. Leur capacité de pénétration dans les foyers va permettre de promouvoir et de faire acheter les produits de l'industrie. D'autant que le temps passé devant le poste de télévision ne fait qu'augmenter depuis sa démocratisation pour atteindre aujourd'hui 4h par jour, soit étalé sur une vie de 80 ans, 12 ans, comme nous l'avons montré dans un précédent article. L'organisation technique de la production nécessite donc une organisation technique du loisir qui assure des débouchés aux marchandises en créant les conditions de sa propre demande. De plus, les acquis du marketing vont mettre à jour le potentiel que représente la manipulation de l'opinion pour le pouvoir politique. Et les théories de Bernays vont être essentielles dans la mise au point d'une nouvelle forme de gouvernance politique.

La construction de la réalité comme gouvernance politique

En théorie, le politique consiste d'appliquer un programme de valeurs issu du peuple, un idéal qu'on s'efforcerait ensuite de faire advenir dans le réel. En pratique, les choses sont totalement différentes. Souvent la règle n'émane pas du peuple, elle lui est imposée, mais surtout depuis plusieurs décennies, les grands principes philosophiques ne sont plus les instruments du pouvoir politique. En effet, le politique ne se fonde plus sur le dépassement des contradictions par le débat (langage) et la loi (symbole), mais sur la gestion des groupes et l'automatisation des comportements, bref sur la science. En bon gestionnaire, un dirigeant politique devra donc minimiser au maximum le risque, soit l'imprévisibilité de ses sujets. Pour ce faire, il dispose, depuis les années 20 et des progrès du marketing, du management ou de la cybernétique, d'une véritable ingénierie qui consiste peu ou prou à faire rentrer les individus dans une réalité virtuelle pour assurer un contrôle optimal de la population. Pour comprendre ce nouveau mode de gouvernance, il faut se pencher sur la question de la perception. En effet, nous n'interagissons pas directement avec le réel, notre rapport au monde est médiatisé. Plus précisément, notre cerveau fonctionne sur le modèle de la carte et du territoire1. Si le territoire représente le monde objectif, nous avons besoin d'une carte pour le déchiffrer, exactement comme une carte routière qui nous indiquerait le bon chemin. Cette carte est constituée de signes auxquels nous avons donné un sens d'une manière totalement conventionnelle, et qui ne nous dit rien du monde tel qu'il est. Dans une même langue il existe des mots différents (synonyme) pour décrire le même objet. Un mot seul peut aussi décrire des réalités différentes au fil de l'histoire et au fil des peuples : le mot Liberté n'a évidemment plus le même sens aujourd'hui que pendant l'antiquité à Athènes où l'on privilégiait l’intérêt de la collectivité. En d'autres termes, le mot n'a aucun lien naturel avec l'objet qu'il désigne.
Comme dit plus haut, le temps libre réservé à la télévision est colossal, et les médias ont acquis, depuis l'effondrement du pouvoir universitaire, une légitimité intellectuelle inédite. Partant, en fonction de la confiance qu'on accorde aux informations données par les médias (et elle est élevée pour beaucoup), ceux-ci sont en mesure de contrôler le sens que l'on donne aux signes, autrement dit de falsifier notre carte, soit en définitive de construire notre réalité. Dès lors, si notre carte est falsifiée par un tiers, notre rapport à la réalité est totalement faussée et peu importe nos efforts pour aller vers plus de vérité, si l'on conserve cette carte, nous resterons prisonniers d'une réalité fictive. Un exemple de construction de la réalité est la création de faux problèmes. Que ce soit les questions sociétales, ou les questions d'identité, il est devenu politiquement déterminant pour les partis de se positionner sur le harcèlement sexuel au travail ou sur le port du voile à l'école, tout cela pour évidemment cacher l'éviction en douce de la seule question qui fâche, la question sociale. Très vite l'on se surprend à faire attention à la couleur de peau de son voisin, à l'orientation sexuelle de son coiffeur, à la misogynie des uns et des autres ; à avoir des débats, à être pour ou contre, à faire des efforts pour adopter la position juste... Alors même qu'avant, ces données relevaient d'une importance largement secondaire par rapport au critère déterminant de la classe sociale. Bref le réel a été totalement dépolitisé, notre attention détournée vers un leurre ; une réalité a été créée. Un autre exemple est le renversement du vocabulaire. Une technique baptisée Novlangue par Orwell (ou le politiquement correct aujourd’hui) et qui consiste à désigner quelque chose par son contraire afin de paralyser l'esprit critique. On parlera ainsi « d'intervention humanitaire » et non de guerre coloniale, de « populisme » et non de revendication démocratique, de « croissance » et non d'accumulation du capital. Encore une fois ici, une réalité absolument fictive est créée, une réalité positive et dénuée de toute dimension polémique. En effet, comment s'indigner contre une industrie produisant les bio-cides à l'origine de la destruction de 90% de la bio-masse en Europe, lorsque cette industrie décide de se baptiser « science de la vie » ?
Qui contrôle les mots, contrôle les esprits. Et tant que l'on utilise un vocabulaire faussé qui nous est imposé, nous sommes prisonniers d'une fiction. Une fois la prise de conscience de ces manipulations effectuée, une question survient...

Peut-on encore s'informer ?

Après tout, la TV, la presse ou la radio ne sont que des médias, des supports et quelqu'un de bien intentionné devrait pouvoir les utiliser à bon escient afin de propager la vérité. Les expériences récentes ne confirment pas cette idée. Au cours des années 60, le SDS, un mouvement étudiant, a cherché à manipuler les médias à ses propres fins. Les membres du SDS se sont vite rendus compte que l'attention que leur portaient les médias modifiait la nature même de leur mouvement voire les poussait à servir d'autres intérêts. Todd Gitltin a analysé en détails ce processus2. Il montre comment la recherche par les médias des porte-paroles les plus télégéniques influença la stratégie du mouvement et sa structure. L'expérience du SDS et son analyse par Gitlin nous permettent de comprendre que la diffusion d'un message subversif par les médias de masse est impossible. C'est une organisation en vase-clos qui ne sert que ses propres intérêts, une caste qui rejette tout ce qui lui est étranger, un miroir. De là, le vrai sens de la formule de McLuhan « The medium is the message », le média devient le message certes, mais surtout renforce la concentration du pouvoir et le besoin de hierarchie, donc uniformise le discours. Ainsi peut-on dire avec Christopher Lasch que le développement des technologies de la communication, loin de développer les moyens de communication, empêche la possibilité même de communiquer3.
En réaction à cela, Internet a été, et continue d'être, le lieu d'une déconstruction de ces réalités fictives. De nombreux sites proposent des grilles de lectures différentes, et font un travail considérable pour remettre en cause les versions officielles et resituer les séquences historiques occultées. Mais pour combien de temps encore ? Le pouvoir médiatique a déjà commencé son entreprise de discrédit en assimilant tout travail d'investigation indépendant, sur le 11 Septembre ou sur les intrigues bancaires de Wall Street, au complotisme (autre exemple de Novlangue) soit aux pires fantasmes des ufologues ou des adorateurs de Raël. La recherche des faits exacts mènerait donc à la psychiatrie, au djihadisme voire pire à l'anti-sémitisme, le doute cartésien et la négation des chambres à gaz étant lié par les médiations logiques dont seuls les chiens de garde ont le secret. Le premier ministre vient d'ailleurs de partir en croisade contre la liberté d'expression sur internet, sous couvert de lutte contre le racisme et l'anti-sémitisme. Bien sur, comment pourrait-on ne pas être d'accord ?
Avec ou sans internet, il faut se rappeler que c'est la culture populaire et le mode de vie autonome des communautés rurales, dont la solidarité et l'entraide étaient les supports, qui fut le principal obstacle au développement de ce programme de contrôle politique des masses par la consommation et le divertissement4. Le meilleur moyen de se protéger est donc de faire passer la désinformation et la propagande par le tamis d'une quotidienne expérience des rapports sociaux venant la contredire, de conserver en somme un noyau de réalité réfractaire à cette incroyable masse d'images et d'idées fausses qui constitue depuis bientôt un siècle notre seule fenêtre sur le monde.

Notes
1. KORZYBSKI (Alfred), Une carte n'est pas le territoire : Prolégomènes aux systèmes non aristotéliciens et à la sémantique générale, Éclat, 2007
2. GITLIN (Todd), The whole world is watching, University of California Press, 2003
3. LASCH (Christopher), Culture de masse ou culture populaire ?, Climats, 2011
4. Ibid
http://www.agoravox.fr 

Non, le monde n’est pas régi que par les rapports de force. Etudes à l'appui


Dans son livre “l’Âge de l’empathie”, Frans de Waal met la coopération au cœur de l’évolution des espèces et ouvre des perspectives passionnantes sur la nécessaire solidarité dans nos sociétés. Il étaye sa théorie avec son expérience sur le terrain, ses recherches en anthropologie, psychologie, comportement animal et neurosciences, ses expériences en laboratoire sur les chimpanzés, les bonobos et les singes capucins – ainsi que sur les dauphins et les éléphants. Expériences que je vous relaterai un peu plus loin.
Pour justifier une politique basée sur la loi du plus fort, nos décideurs s’appuient sur de faux principes de biologie. En effet, dans la nature, la compétition n’est pas le seul moyen de survivre. Or beaucoup de conservateurs justifient une société extrêmement compétitive en disant que la nature est compétitive et qu’il est bon de vivre dans une société qui imite la nature. C’est une interprétation abusive selon l’auteur, car à son sens, la crise économique est une illustration de ce qui a mal tourné dans cette société si compétitive. Aux États-Unis, le raisonnement était : si on laisse faire la « main invisible du marché », une expression d’Adam Smith (économiste et un des fondateurs du libéralisme économique), tout ira bien. Nous avons vu que la main invisible n’a pas fait grand-chose pour nous aider…
Frans de Waal montre également que de nombreux animaux sont prédisposés à prendre soin les uns des autres, à s’entraider et, dans certains cas, à se mobiliser pour sauver la vie des autres. Bref la possibilité d’empathie (capacité à ressentir les sentiments et les émotions d’autrui, à deviner s’ils sont heureux ou tristes) n’est pas comme on le croyait jusqu’alors le propre de l’homme !
Cette résonance aux émotions est une réaction automatique sur laquelle nous avons peu de contrôle. En revanche, nous avons un contrôle sur ce que nous en faisons. On a tendance à dire que, lorsque les humains agissent «bien», c’est à cause de la culture et ou la religion. Et quand ils agissent «mal», on accuse la nature : «nous nous entre-tuons parce que nous sommes comme des animaux». La vérité, c’est que les «bons» côtés de la nature humaine, tout comme les «mauvais», nous les partageons avec les autres animaux, pas seulement l’agressivité, mais aussi l’empathie ou l’attachement.
La compassion, l’empathie, et la coopération prendraient leurs racines dans un processus évolutif lointain, à une période bien antérieure à l’espèce humaine, avec l’apparition des soins parentaux. Elle mobilise des régions du cerveau vieilles de plus de 100 millions d’années. Toujours est-il que, hormis un très petit pourcentage d’humains (les psychopathes), l’empathie vient naturellement à notre espèce. Nous naissons tous avec un esprit qui ne supporte pas de voir souffrir autrui.
Hélas, notre époque célèbre “l’intellect” et méprise les émotions et les décideurs prennent pour prétexte de faux principes de biologie pour justifier une politique basée sur la loi du plus fort. Mais non, dans la nature, « beaucoup d’animaux survivent non pas en s’éliminant les uns les autres, mais en coopérant et en partageant. Sans l’empathie, les espèces sociales n’auraient pas survécu. ».
Un trait que partageaient les derniers grands reptiles, selon lui. Ce qui expliquerait pourquoi certains oiseaux – probables descendants des dinosaures – semblent eux aussi faire preuve de compassion. Ainsi, le rythme cardiaque d’une oie femelle s’accélère, battant la chamade, quand son mâle est chahuté par un autre oiseau.

L’empathie du point de vue des neurosciences

L’empathie, ou le souci du bien-être d’autrui, se manifeste même lorsque cet autre n’appartient pas à la même espèce que soi. On a vu, dans un zoo, une tigresse du Bengale nourrir des porcelets. Un bonobo hisser un oiseau inanimé au sommet d’un arbre pour tenter de le faire voler. Ou un chimpanzé remettre à l’eau un caneton malmené par de jeunes singes.
Les neurosciences ont permis d’ouvrir l’étude sur les comportements animaux à la notion d’émotion chez l’animal. Ainsi nous savons maintenant que les neurones miroir (découverts dans les années 1990) jouent un rôle fondamental dans l’apprentissage par imitation mais aussi dans les processus affectifs tel que l’empathie. Une expérience avec les dauphins est particulièrement éloquente : un dresseur exécutait des mouvements sur le bord du bassin. Le dauphin l’imitait. Quand l’homme levait son bras droit, le dauphin levait sa nageoire droite. Lorsqu’il a levé sa jambe, le dauphin a levé sa queue ! Le dauphin a fait bien plus que copier une action physique : il s’est montré capable d’établir une correspondance entre le corps de l’homme et le sien.
Autre exemple stupéfiant avec un perroquet : le chercheur lui disait “regarde ma langue” puis tirait la langue. Rapidement, le perroquet répéta “regarde ma langue” puis a tiré sa langue, comme l’homme. Les bébés humains et les bébés macaques imitent très tôt l’expression du visage qui se penche sur eux. Si c’est un sourire, les bébés sourient. Si c’est un air sévère avec froncement de sourcils, les bébés adoptent la même expression.
Autre grande découverte, l’ocytocine. Cette hormone enregistre un pic au moment de l’accouchement. Elle déclenche les contractions de l’utérus puis celle des glandes mammaires pour éjecter le lait. Récemment, on a découvert que l’ocytocine jouerait non seulement un rôle dans l’attachement de la mère et de l’enfant, mais aussi dans les échanges sociaux. Elle tisserait les liens entre individus et renforcerait les relations de confiance. L’ocytocine est présente chez tous les individus mais le taux d’ocytocine reste plus élevé plus longtemps chez les femmes qui justement se montrent plus empathiques que les hommes.

L’empathie du point de vue sociétal et culturel

Cette différence ne serait-elle pas simplement culturelle ? Non, même si d’évidence les facteurs sociaux et environnementaux jouent un rôle important, car les petites filles réagissent plus à leur entourage vivant dès les premières heures après la naissance.
 Les différences innées sont souvent amplifiées par la culture, explique Frans de Waal.
Le processus empathique est fondamental dans les relations sociales. Prenez 2 chimpanzés. Faites leur faire un exercice et, à chaque fois, récompensez les avec un morceau de concombre. Vous pouvez recommencer autant de fois que vous voulez, ils s’exécuteront volontiers. Mais donnez un morceau de concombre à l’un et un grain de raisin à l’autre. Ce dernier, plus savoureux, est considéré comme une friandise supérieure. Si vous recommencez, celui qui a reçu le morceau de concombre, refusera de faire l’exercice car il ressentira un sentiment profond d’injustice.
La première fois que j’ai publié un article sur ce sujet, les économistes n’ont pas du tout appréciés. Aujourd’hui, la crise aidant, ces derniers réalisent que la compétition n’est peut-être pas la seule voie. Maintenant, je suis invité dans les business schools.
Des singes rhésus refusaient, plusieurs jours durant, de tirer sur une chaîne libérant de la nourriture si cette action envoyait une décharge électrique à un compagnon dont ils voyaient les convulsions. Préférant ainsi endurer la faim qu’assister à la souffrance.
Mais l’empathie a des expressions plus élaborées. Dans le parc national de Thaï, en Côte d’Ivoire, des chimpanzés ont été observés léchant le sang de compagnons attaqués par des léopards, et ralentissant l’allure pour permettre aux blessés de suivre le groupe. Dans la même communauté ont été décrits plusieurs cas d’adoption d’orphelins par des adultes femelles, mais aussi par des mâles. Une sollicitude qui peut sembler naturelle pour des animaux sociaux, qui trouvent un intérêt collectif à coopérer.
Comment l’expliquer, toutefois, lorsque l’individu n’a rien à gagner à un comportement empathique, qui devient alors proprement altruiste ? Il y a eu des dizaines d’expériences. Comme celle où des singes refusent d’activer un mécanisme qui leur distribue de la nourriture quand ils réalisent que le système envoie des décharges électriques à leurs compagnons. Leur sensibilité à la souffrance des autres était telle qu’ils ont arrêté de se nourrir pendant 12 jours.
Autre exemple, les expériences menées sur les bébés animaux privés de tout contact maternant montrent qu’en devenant adulte, ils sont incapable de s’intégrer dans le groupe.
Faire des choses ensemble, coopérer ou aider les autres nous fait du bien. Nos corps et nos esprits sont faits pour vivre en société et nous perdons toute joie de vivre lorsqu’elle vient à manquer. Or la société occidentale, en prônant l’individualisme et le chacun pour soi va à contre courant de notre disposition naturelle.
Frans de Waal n’est pas pour autant dans l’idéalisme aveugle. Comme pour les autres animaux, “il existe chez l’homme un penchant naturel à la compétition et à l’agressivité” (société de chimpanzés). Mais sa propension à la compassion est “tout aussi naturelle” (société de bonobos). L’homme serait alors “un singe bipolaire”.

À voir, en complément :

 



mercredi 2 mars 2016

La phagothérapie : chez les Russes, mais pas chez nous


Bacteriophages


Dans le monde vivant, l’équilibre des espèces s’effectue par le biais de prédateurs spécifiques : des renards pour ne pas être envahis par les lapins, des lions pour réguler les gazelles, des chats pour limiter les souris. Il en va de même dans le monde des insectes, des poissons… et des bactéries, car la nature a tout prévu, quand l’homme apprenti-sorcier veut bien la laisser faire, voire l’aider. Mais la plupart des médecins ne connaissent pas l'existence des bactériophages…sauf en Russie où l'on pratique couramment la phagothérapie.

Des virus se nourrissant d'une bactérie spécifique

Nouvelle découverte ? Pas du tout : L’utilisation des virus bactériophages a été une thérapie efficace utilisée avant l’avènement des antibiotiques. Découverts tout d’abord en 1915 par Frederick W. Twort à Londres, puis observés de nouveau en 1917 par Félix d’Hérelle, et isolés par ce dernier, ces virus mangeurs de bactéries connurent dès cette époque leurs premières applications dans le traitement de grosses infections, et révélèrent publiquement leurs premiers succès au début des années 1920. On a appelé cela la phagothérapie.
Hélas, à partir des années 30, les bactériophages furent définitivement mis au placard au profit des antibiotiques bien plus rentables. Depuis ce temps, il n’existe plus aucune publication en France traitant de la phagothérapie.
Pourtant, Alain Dublanchet, médecin biologiste français qui s’est passionné pour la phagothérapie, mène depuis une dizaine d’années des recherches avec différents instituts. Grâce à lui, nous redécouvrons ce remède fiable et sans danger que la médecine française a (volontairement) fait oublier. Heureusement, d’autres pays, comme la Russie ou la Géorgie - où le Dr Alain Dublanchet a mené la majeure partie de ses recherches - utilisent toujours les phages.
À Moscou, on les trouve en vente libre pour 10 €, aussi couramment en pharmacie que les antibiotiques chez nous.

Les dramatiques inconvénients des antibiotiques

La grosse différence avec les antibiotiques (traduction : destructeurs de vie), est que ces familles de champignons microscopiques éradiquent tout sans distinction sur leur passage. C’est le nettoyage par le vide comme dans les sales guerres. Rappelons que dans un corps humain en particulier, nous avons en moyenne 5 kg de bactéries ouvrières sans lesquelles nous ne pourrions pas survivre. En première ligne il y a la flore intestinale qui est la principale gardienne de notre santé.« Quand l’intestin ne va plus, rien ne va plus,… même le moral ! »
Une seconde différence avec les antibiotiques, que je me permets de rappeler ici, (même si c’est politiquement incorrect), c’est que ceux-ci ne sont pas bactéricides, mais seulement bactériostatiques - ce qui veut dire que les bactéries pathogènes sont provisoirement endormies pour quelques semaines, et on recommence par la suite, avec les mêmes pour le plus grand plaisir des médecins et des pharmaciens – je pense par exemple au Bactrim dans les cas de cystite, qui vous soumet en quelque sorte, à un abonnement au long cours.
Enfin, tout le monde sait que la médecine actuelle se trouve confrontée à un énorme problème : non seulement les bactéries deviennent de plus en plus résistantes aux antibiotiques classiques, mais elles mutent même pour pouvoir s’en nourrir… Comme nous l’explique Alain Dublanchet dans un livre qu'il a publié aux éditions Favre « Des virus pour combattre les infections », cette résistance aux antibiotiques fut pourtant constatée dès la mise sur le marché de la pénicilline. Par la suite, les échecs répétés de ces antibiothérapies n’ont pas été remis en question par la science médicale qui s’est seulement obstinée à rechercher de nouvelles molécules de la même famille. Ainsi sont nées les fameuses infections nosocomiales – en fait des soins qui tuent !

25 000 morts par an en Europe, qui pourraient en partie être évitées.

Un vrai bactéricide a pour mission d’éliminer définitivement une bactérie terroriste ciblée, en laissant tranquille toutes les autres. Voilà ce que savent faire les bactériophages. Le Dr Alain Dublanchet affirme que toutes les infections qu’il a traitées ont été jugulées en 8 à 10 jours sans connaitre aucun échec.
En France, seuls quelques courageux osent employer la phagothérapie. C'est le cas de Paul-hervé Riche, médecin nimoins retraité qui prend en charge, depuis 40 ans les patients soffrant d'infections graves. Dans l'ouvrage qu'il vient d'écrire avec Philippe Garrigues ("Manuel de phagothérapie pratique", il explique : « La phagothérapie consiste d'abord à remettre en place les équilibres naturels du corps ainsi que le PH du sang, la glycémie et le contrôle des antiphages ». En l'espace de près de 40 ans, cette approche thérapeutique lui a permis, assure-t-il, de soigner des milliers de personnes, sur nombre de terrains infectieux… Et de récolter au passage quelques démêlés avec l'ordre des médecins (pour exercice illégal de la guérison).
Aujourd'hui, alors que la phagothérapie revient au devant de la scène médicale, il tient au titre d'héritier, en ligne directe, du découvreur français des bactériophages. "J'ai été formé par André Raiga-Clémenceau qui, lui-même fut le seul élève de Félix d'Hérelle.
Son ouvrage peut être commandé sur son site internet : www.bacteriophage.info.

La Russie tire son avance thérapeutique du passé

En Russie, cette technique a été conservée, si bien que les phages sont utilisés jusque dans l’espace, pour soigner les astronautes. En effet, lorsqu’on tourne les yeux vers les pays de l’Est, on y découvre une avancée incroyable dans le traitement des infections les plus graves, ainsi qu’une véritable recherche scientifique dédiée à cette méthode délaissée.
C’est à Tbilissi, en Géorgie, que se trouve le Phage Therapy Center qui propose un programme de traitement contre les infections réfractaires aux thérapies classiques. Les témoignages de guérisons inespérées sont aussi nombreux qu’étonnants. Et les études menées sur des patients dont l’état de santé était dramatique, relatent que ces gens, condamnés à une mort certaine, ont tous été sauvés par l’utilisation de phages.
L'avantage clé de la phagothérapie est qu'elle fonctionne sur des souches bactériennes résistantes aux antibiotiques sans les rendre de plus en plus récalcitrantes au fil du temps, car le phage répond à un processus naturel d’équilibre du monde bactériologique.
Mais pour que ce traitement repasse l’ancien rideau de fer, il faudra l'accord de nos autorités de santé. Or les phages étant des virus, ils n'entrent pas dans le cadre de la législation européenne. Cela promet malheureusement de gros retards… et tant pis pour les patients ! Mais si vous êtes dans une impasse infectieuse, pensez à la Russie et si vous avez la chance de pouvoir accéder à un de ces produits, laissez-vous tenter.
Nota : il existe en Georgie un institut qui s'est spécialisé dans la phagothérapie, vous trouverez ses coordonnées en suivant ce lien

Attention : Les conseils prodigués dans cet article ne vous dispensent pas de consulter un praticien des médecines alternatives. Vous pourrez en trouver un près de chez vous et prendre rendez-vous sur annuaire-therapeutes.com

 http://www.alternativesante.fr/antibiotiques/la-phagotherapie-chez-les-russes-mais-pas-chez-nous

D'autres liens ou vidéos utiles pour comprendre: